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Viré, simplement viré.

Note préliminaire : je tiens à préciser que ce message a comme objectif d'expliquer les choses, le plus simplement possible, sans volonté aucune de nuire à la société Mandriva. En particulier je tiens à dire que je souhaite vraiment que Mandriva réussisse et puisse continuer à faire vivre ses 120/130 employés. La situation actuelle - loin d'être catastrophique à mon avis étant donnés les projets en cours - n'est je ne l'espère qu'un trou d'air, la tendance du marché Linux restant très positive. Par ailleurs, je tiens également à préciser que je reste actionnaire de Mandriva.

Viré. Et oui, viré, simplement viré de Mandriva, dans le cadre du plan de licenciement économique en cours. Plus de 7 années après que j'ai créé Linux-Mandrake, puis Mandrakesoft, le patron actuel de Mandriva me "remercie" et je pars la gorge serrée avec mes deux mois d'indemnités de licenciement et mes congés payés pour toute indemnité. C'est une état psychologique difficile à vivre d'essayer d'accepter qu'en 1998 j'ai créé mon emploi et une société qui donne du travail à des dizaines d'employés, et qu'un après midi de février 2006, le boss de cette société m'appelle pour m'annoncer que je m'en vais.

Alors de l'amertume il y en a, oui, et doublement : qu'il y ait encore besoin d'un plan social parceque les résultats sont dans le rouge, c'est déjà pitoyable étant donné que nous avions remis la société à l'équilibre en 2003/2004 et qu'il avait été décidé que ça devait rester ainsi. Que je fasse partie de ce plan social, c'est également dur à digérer.

Evidemment, avec le recul, j'aurai du m'attendre à mon éviction puisque mon changement de statut dans la société il y a quelques mois pour m'occuper de la communauté à plein temps tombait - rétroactivement - à pic pour que je me fasse éjecter en vol à la première occasion. Les raisons ? Sans rentrer trop dans les détails, mes relations avec mon DG - très prochainement PDG - n'ont jamais été extraordinaires et ne sont donc sans doute pas étrangères à cette situation.

Pourtant, sous sa pression il y a 8 mois, j'en suis arrivé à « lâcher » la direction de la communication. Ce poste de responsable de la communication auquel j'étais arrivé par hasard car personne ne voulait s'occuper de com chez Mandrakesoft il y a quelques années, je l'ai pourtant quitté avec soulagement car c'était très difficile de travailler avec un budget com quasi-inexistant. Et puis j'ai quitté ce poste avec le sentiment d'une mission accomplie car j'avais initié et lancé il y a un an la grande refonte de nos sites web, afin de donner une image plus professionnelle à Mandriva.

Sur ma proposition et en accord avec mon directeur général, je me suis donc lancé dans une nouvelle mission ayant pour but de redorer le blason de Mandriva auprès de la communauté Linux/Open Source et, plus généralement, technologique. Cette mission a d'ailleurs été présentée par mon directeur comme « un ingrédient essentiel » du succès futur de Mandriva.

Il y a quelques jours j'ai pourtant appris par un communiqué que je faisais partie des « dépenses jugées non essentielles »

Ce n'est visiblement donc plus essentiel de préparer l'avenir, ou de lancer de nouveaux projets comme je l'ai fait à de maintes reprises ces toutes dernières années (nouvelle ergonomie de Mandrake Linux, projet Move etc.)

En fait, mon crédo a toujours été que la base des utilisateurs de Mandriva et la communauté Linux étaient les piliers essentiels sur lesquels nous reposions, et que le meilleur moyen pour faire du business pour nous était d'étendre au maximum cette base d'utilisateurs pour ensuite vendre des services à valeur ajoutée à une fraction de cette base énorme. J'ai toujours défendu cette position et oeuvré dans ce sens - les tous débuts de Mandrake en ont été la meilleure illustration - ce qui impliquait de ma part un lobbying interne pour sortir des produits de meilleure qualité et de valoriser leur image au sein de la communauté Linux/Open Source, éminament prescriptrice auprès du reste du monde IT. Cette approche a d'ailleurs montré ses effets quand j'ai eu l'occasion de m'en occuper : les revenus Club n'ont jamais été aussi importants que quand je rédigeais moi-même les pages web qui incitaient les utilisateurs à s'inscrire. Mais c'était loin d'être une approche majoritaire au sein de la société, et la suppression de mon poste « community » en dit long sur le poids actuel de cette position au sein de la société.

Maintenant je ne sais pas où ira la société. Ma perception des choses est qu'elle essaye de se tourner de plus en plus vers le monde de l'entreprise, et que c'est assez laborieux pour l'instant. Mandriva ressemble de plus en plus à une société normale, lissée, en apparence, qui perd pourtant son âme et sa mission originelles : celle de créer un OS libre facile à utiliser et alternatif à Windows, pour s'engager dans la voie des services aux entreprises, activité de toute SSLL lambda. Mais dans le même temps elle continue à sortir quand même des produits pour la communauté des geeks Linux. Disons que pour le moins la stratégie est confuse, faite, selon moi, d'une aggrégation des opportunités du moment.

Donc voilà, c'est la fin de l'aventure Mandrake/Mandriva pour moi. Simplement, les tribunaux vont juger du préjudice que je subis et de la véritable justification de mon licenciement. J'ai la désagréable impression d'un immense gâchis par rapport à mon projet initial, l'impression d'une aventure avortée, sentiment renforcé par le fait que j'ai alerté à deux reprises en 2005 (le 11 juillet et le 10 octobre) mon président sur l'évolution inquiétante de la société en terme de gestion et de business.

Néanmoins, j'essayerai de me souvenir surtout de tous les bons moments. Je tiens en outre à témoigner de ma sympathie et de ma reconnaissance à tous les développeurs et contributeurs qui tous les jours, sans relâche, améliorent la distribution Mandriva Linux. Continuez, vous oeuvrez pour le bien collectif.

Maintenant il est temps pour moi de penser à l'avenir. Je vais tenter de créer de nouveaux projets avec l'ambition qu'ils pourraient peut-être, dans l'idéal, un jour changer le monde, tout en assurant ma subsistance et celle de ma famille.

J'ai travaillé depuis un an lors de mon temps libre à un nouveau projet de système open-source « Ulteo », proposé d'ailleurs à Mandriva fin 2004 mais non retenu. J'espère pouvoir lancer une première version test dans les toutes prochaines semaines. Si ce projet se concrétise bien (et si ça fonctionne), il devrait engendrer un changement important dans la façon que les gens ont d'utiliser Linux en particulier et les systèmes d'exploitation en général. Guettez les contenus et inscrivez-vous sur http://www.ulteo.com si vous voulez en savoir davantage.

Par ailleurs - dans tout autre domaine - si vous voulez envoyer des drones civils semi-autonomes (eau, terre ou air) à l'autre bout du monde, contactez-moi, ça m'intéresserait énormément de bosser dans ce domaine également.

Et puis, il y aura aussi sans doute un livre sur l'histoire de Mandriva vue de ma lorgnette, un éditeur serait déjà intéressé aux USA. Il est commencé depuis belle lurette, il faut juste que je le finisse.

Longue vie à Linux et au Logiciel Libre !

Gaël.